Les pluies d’automne ont laissé votre potager détrempé, et vos tomates comme vos pommes de terre affichent des feuilles tachées de brun. Ce n’est pas le moment de tout laisser en place en attendant le printemps. Ce que vous retirez maintenant décide en grande partie de ce que vous retrouverez l’an prochain.
Quoi ramasser avant l’hiver : feuilles tachées, pieds malades et fruits touchés
Voici la réponse directe. Quand le mildiou a touché le potager, on retire tout ce qui est atteint ou qui peut le réinstaller, et on l’évacue sans passer par le tas de compost.
- Les feuilles tachées tombées au sol, et celles qui pendent encore sur les tiges.
- Les pieds de tomate entièrement atteints, racines comprises, une fois la récolte terminée.
- Les fruits touchés ou desséchés restés sur les plants ou par terre (les fruits « momifiés »).
- Les fanes de pomme de terre brunies, et tous les tubercules oubliés dans la terre.
- Les repousses de pommes de terre apparues dans les rangs ou les allées.
Les feuilles saines, les tiges non atteintes et les plants indemnes peuvent suivre le circuit habituel du jardin. Au moindre doute sur un pied, mieux vaut l’écarter. Un plant suspect laissé en place suffit à entretenir la maladie.
Reconnaître le mildiou sur les feuilles tachées (et ne pas le confondre)
Le mildiou est provoqué par Phytophthora infestans, un oomycète qui ressemble à un champignon sans en être un. Il se repère à des taches brunes irrégulières, d’abord claires puis noircies, souvent en bordure de feuille. Par temps humide, un duvet blanc apparaît sur la face inférieure des feuilles, au contour de la tache. Sur les tiges, on voit des plages brun foncé. Sur les tomates, des zones dures et marbrées de brun.
Les feuilles tachées ne sont pas toutes du mildiou. Le tableau ci-dessous aide à trier.
| Maladie | Ce qu’on voit | Indice qui tranche |
|---|---|---|
| Mildiou | Taches brun-noir sans contour net, évolution très rapide | Duvet blanc sous la feuille par temps humide |
| Alternariose | Taches brunes avec anneaux concentriques | Pas de duvet blanc, halo jaune autour de la tache |
| Oïdium | Poudre blanche farineuse sur le dessus des feuilles | Se développe plutôt par temps sec et chaud |
Pourquoi les pluies favorisent le mildiou et ce que cela change au moment de nettoyer

Le mildiou a besoin d’humidité et d’eau libre sur le feuillage. Après plusieurs jours de pluie, avec des nuits fraîches et des journées douces, les spores germent et se propagent d’une feuille à l’autre, parfois en quelques jours. Les éclaboussures et le vent font le reste.
En fin de saison, un feuillage mouillé qui traîne au sol devient un foyer d’infection. Les débris malades gardent les conditions favorables et propagent la maladie aux plants voisins encore en place. Il faut donc intervenir par temps sec, sans attendre la fin de l’automne.
Comment ramasser et évacuer sans propager : tri, sacs, compost interdit, désinfection
Travaillez par temps sec, quand le feuillage est ressuyé. Les spores se détachent moins et vous évitez de les faire voler. Arrachez les pieds malades avec précaution, glissez-les directement dans un sac sans les secouer, puis fermez-le avant de le déplacer. Les feuilles tombées se ramassent à la main ou au râteau, en grattant légèrement la surface du sol.
Pour la destination, évitez le compostage domestique. Un composteur de jardin chauffe rarement assez pour détruire tous les agents pathogènes, et vous risquez de redistribuer la maladie avec votre terreau. Selon votre commune, ces déchets verts peuvent aller à la déchetterie ou dans la collecte dédiée. À défaut, un sac poubelle fermé dans les ordures ménagères reste la solution la plus sûre. Le brûlage à l’air libre est interdit dans la plupart des communes.
Des tomates touchées : tout jeter ou trier ?
Un fruit à peine marqué peut être consommé après avoir retiré largement la zone atteinte, de préférence cuit. Un fruit très taché, mou ou moisi part au sac. Ne le jetez jamais dans le compost.
Dernier réflexe avant de ranger le matériel : la désinfection des outils. Sécateur, bêche, couteau et tuteurs en contact avec des plants malades se nettoient à l’eau chaude savonneuse, puis se désinfectent à l’alcool à brûler ou à l’eau de Javel diluée. Rincez et séchez avant de les ranger. Même les gants et les bottes méritent un coup de brosse.
Pommes de terre, repousses et sol : ce qui hiverne et comment l’éviter
La pomme de terre est la grande responsable des mauvaises surprises. Un tubercule contaminé laissé en terre peut passer l’hiver, puis donner une repousse déjà infectée au printemps. Cette plante malade fournit les premières spores de la saison, qui gagnent ensuite les tomates voisines.
Après l’arrachage, passez donc la terre au crible à la fourche, sans laisser de petits tubercules oubliés. Les repousses repérées au printemps doivent être arrachées avec leur tubercule d’origine. Les tomates et les pommes de terre étant de la même famille, ne les replantez pas au même endroit l’an prochain. La rotation des cultures sur trois ou quatre ans limite la pression de la maladie.
Côté sol, inutile de tout retourner. Retirez les débris visibles, puis couvrez la terre avec un paillage sain ou un engrais vert, qui évite le tassement et l’érosion des pluies hivernales (voir comment pailler le potager).
Prévenir dès l’an prochain : variétés résistantes, arrosage au pied, préventif au cuivre

Plusieurs gestes réduisent les risques sans rien traiter. L’arrosage au pied, le matin, garde le feuillage au sec. Un espacement correct entre les plants, un tuteurage aéré et l’ablation des feuilles basses améliorent la circulation de l’air. Sous abri, une tomate protégée de la pluie résiste nettement mieux.
Le choix des variétés résistantes aide aussi, en particulier pour les tomates et pommes de terre. Aucune n’offre une immunité totale, mais elles ralentissent la progression de la maladie lorsque l’année est humide.
La bouillie bordelaise et les produits à base de cuivre s’emploient en préventif, avant l’apparition des symptômes et avant les périodes pluvieuses. Ils n’éliminent pas une maladie déjà installée, et un lessivage par la pluie oblige à renouveler le traitement. Le cuivre s’accumule aussi dans le sol, donc on respecte les doses indiquées. Les purins et décoctions de plantes, souvent cités, n’ont qu’une efficacité partielle. Ils complètent les bonnes pratiques mais ne les remplacent pas.
Ramasser, évacuer, désinfecter : ce nettoyage de fin de saison prend une matinée, et c’est lui qui décide d’une grande partie de la saison suivante.
Ge, passionnée par la nature et le jardinage, profite de sa retraite pour cultiver son potager et prendre soin de ses fleurs. À 60 ans, elle partage avec enthousiasme ses conseils et découvertes pour un jardin épanoui toute l’année