Vous venez de planter un arbre et, par réflexe, vous enfoncez un piquet à côté. Le geste paraît logique et protecteur. Pourtant, ce tuteur posé par habitude peut priver l’arbre de ce qui le rendra solide dans quelques années.
C’est le message de Rémi Champy, pépiniériste spécialisé dans les jardins-forêts. Dans une vidéo publiée sur YouTube, il remet en cause le tuteurage systématique, tout en reconnaissant que certains arbres ne peuvent pas s’en passer.
Faut-il vraiment tuteurer un jeune arbre ?
Pas systématiquement. Un jeune arbre bien proportionné, planté dans un endroit pas trop exposé, n’a le plus souvent pas besoin de tuteur. Il doit même pouvoir bouger légèrement sous l’effet du vent pour développer sa résistance.
Le pépiniériste résume sa position avec une image : « Les arbres, c’est un peu comme les enfants. Si on les soutient trop lorsqu’ils sont jeunes, ils auront du mal à se soutenir eux-mêmes ». Un soutien rigide et permanent donne donc une fausse sécurité : l’arbre tient debout, mais il n’apprend pas à le faire seul.
La bonne question n’est pas « où planter le piquet ? », mais « cet arbre en a-t-il réellement besoin ? ». Tout dépend de sa stabilité, de sa taille et de l’endroit où vous le plantez.
Pourquoi le vent renforce le tronc et les racines
Le vent n’est pas qu’une menace pour un arbre récemment planté. Quand le tronc oscille un peu, l’arbre adapte sa croissance aux contraintes mécaniques qu’il subit. Ce phénomène porte un nom, la thigmomorphogenèse, et il contribue à épaissir et à renforcer le tronc.
Les racines suivent le mouvement. Rémi Champy l’explique ainsi : « C’est le mouvement provoqué par le vent, le fait que le tronc bouge, qui permet à l’arbre de renforcer son tronc et surtout son système racinaire pour rester debout ». Un arbre maintenu trop rigidement risque donc de développer moins d’adaptations utiles à sa stabilité.
Le danger vient surtout des tuteurs installés par automatisme et conservés trop longtemps. Un tuteur bien conçu, lui, laisse le tronc bouger sans que la motte se déplace dans le sol.
Les cas où le tuteur reste indispensable

Le pépiniériste ne prône pas le « jamais de tuteur ». Il cite en premier les pommiers greffés sur le porte-greffe M9, très utilisé pour obtenir des arbres fruitiers de petite taille. Leur système racinaire est relativement faible, surtout quand l’arbre porte beaucoup de fruits ou subit le vent. Pour eux, il le dit sans détour : « Pour ces arbres-là, très particuliers, oui, mettez un tuteur ». Le soutien est alors généralement durable.
Un tuteurage temporaire peut aussi se justifier dans d’autres situations :
- un arbre de grande taille récemment transplanté ;
- un sujet dont la motte manque de stabilité ;
- une plantation dans un emplacement particulièrement exposé.
Dans ces cas, le but n’est pas d’immobiliser le tronc. Il s’agit d’empêcher les racines de bouger dans le sol pendant leur installation.
Le test des mains avant de poser un piquet
Saisissez le tronc à hauteur de poitrine et balancez-le doucement. Si seule la tige plie et que la motte reste en place, l’arbre n’a pas besoin de soutien. Si toute la base bouge dans le sol, un tuteur temporaire se justifie.
Bien placer et attacher le tuteur sans blesser l’écorce
Quand le tuteur s’impose, le soin apporté à la pose compte autant que le choix de s’en servir. Le piquet doit être planté sans toucher la motte ni les racines, ce qui suppose de le positionner avant de reboucher le trou, ou à bonne distance du pied. Un piquet enfoncé à la masse dans une motte déjà en place peut abîmer le système racinaire que vous voulez justement protéger.
L’attache en huit reste la référence : le lien croise entre le tuteur et le tronc, de sorte que l’arbre ne frotte jamais directement contre le bois. Choisissez un matériau souple et large, jamais un fil fin qui scie l’écorce. Le lien doit tenir l’arbre sans l’enserrer, avec un peu de jeu pour que le tronc puisse osciller.
Prenez l’habitude de vérifier les attaches régulièrement. Un tronc qui grossit finit par être serré par un lien resté en place, et l’écorce étranglée devient une porte d’entrée pour les maladies et un point de rupture.
Quand retirer le tuteur sans fragiliser l’arbre
Un tuteur est un outil provisoire. Il sert à passer le cap de l’installation, pas à porter l’arbre toute sa vie, sauf pour les cas particuliers comme le pommier M9. On le retire quand l’ancrage est devenu suffisamment solide.
Le plus fiable reste de tester l’arbre vous-même. Desserrez l’attache, secouez doucement le tronc et observez la base : si la motte ne se déplace pas, l’enracinement joue son rôle. Si l’arbre penche ou si le pied bouge, remettez le lien et réessayez un peu plus tard.
Un tuteur trop long a un coût. Il garde le tronc fin, retarde le développement des racines et peut marquer l’écorce. Plus vous attendez, plus l’arbre devient dépendant de son piquet et plus son retrait sera délicat.
Planter un arbre qui tiendra debout sans tuteur

La meilleure façon d’éviter le tuteur est de bien choisir l’arbre au départ (questions à poser aux pépiniéristes avant d’acheter). Rémi Champy recommande des sujets jeunes, dont le système racinaire est bien proportionné à la partie aérienne. Il se méfie des arbres déjà très grands avec un volume de racines réduit : « Si votre arbre est déjà trop grand lorsque vous le plantez et qu’il possède un tout petit système racinaire, c’est peut-être que vous avez commis une autre erreur ».
Il conseille de privilégier les scions, ces jeunes arbres souvent constitués d’une seule tige, ou des sujets âgés d’un à trois ans. Sa formule : « L’idéal, c’est de planter de très jeunes arbres pour qu’il y ait un bon équilibre entre les racines et la partie aérienne ». Ces petits plants s’installent plus aisément, à condition d’être adaptés au terrain et bien suivis.
Dans une région très ventée, il suggère une autre piste : planter des haies pour freiner les rafales. Cette protection agit sur le jardin entier plutôt que de maintenir chaque arbre artificiellement. Le principe à retenir : pas de tuteur par réflexe, mais un regard sur la stabilité réelle de l’arbre et sur les conditions de plantation.
Ge, passionnée par la nature et le jardinage, profite de sa retraite pour cultiver son potager et prendre soin de ses fleurs. À 60 ans, elle partage avec enthousiasme ses conseils et découvertes pour un jardin épanoui toute l’année