Les feuilles tombent, les nénuphars jaunissent et votre mare au jardin a l’air négligée. Réflexe courant : tout nettoyer, tout rabattre, tout curer. C’est pourtant le meilleur moyen de priver la faune de ses abris pour les mois froids.
L’entretien d’automne repose sur un équilibre : retirer ce qui pourrit dans l’eau, conserver ce qui sert de refuge. Voici la réponse en un coup d’œil, puis les détails.
À couper, à laisser : le tableau de l’automne
| À couper ou retirer | À laisser pour la faune |
|---|---|
| Feuilles mortes tombées dans l’eau | Une fine couche de vase au fond |
| Feuilles de nénuphar jaunies ou pourries | Environ un tiers des tiges de berge, surtout les tiges creuses |
| Algues filamenteuses en excès | Plantes oxygénantes, éclaircies mais jamais arrachées en totalité |
| Plantes envahissantes qui couvrent la surface | Bois mort, pierres et herbes hautes sur les berges |
Couper en automne : feuilles, débris et plantes fanées
Le vrai ennemi de la mare en hiver, ce sont les feuilles mortes qui coulent et se décomposent. Cette matière organique consomme l’oxygène et libère des gaz toxiques sous la glace. Un filet à feuilles tendu au-dessus de l’eau avant la chute des arbres règle l’essentiel du problème. Si vous êtes en retard, ramassez les feuilles à l’épuisette, sans plonger le bras jusqu’au fond.
Pour les débris repêchés, un conseil : déposez-les quelques jours sur la berge, à côté de l’eau. Larves, escargots et petits crustacés qui s’y cachent regagneront la mare d’eux-mêmes. Ne brûlez jamais ces déchets avant de les avoir laissés ressuyer, et mieux vaut les envoyer au compost qu’au feu.
Choisissez aussi la bonne période. De fin septembre à octobre, la faune est encore active et peut fuir. Plus tard, amphibiens et larves ont déjà rejoint leurs quartiers d’hiver et vous les dérangeriez pour de bon.
Plantes aquatiques : quelles tiges couper, lesquelles garder

Les plantes aquatiques n’ont pas toutes besoin de la même attention. Pour le nénuphar, retirez seulement les feuilles qui jaunissent et flottent à plat : elles pourrissent vite. Laissez en place les feuilles encore saines, la plante entre en repos sans rien exiger de plus.
Les plantes de berge, comme l’iris des marais, la massette ou les joncs, demandent plus de nuance. Coupez les tiges fanées qui retombent dans l’eau et pourriraient au contact. Conservez en revanche les tiges creuses et sèches qui restent dressées : des insectes hivernants (abeilles solitaires, coccinelles, syrphes) s’y glissent pour passer l’hiver. Un tiers de la végétation laissée debout est une bonne règle de départ.
Quant aux plantes oxygénantes (élodée, cératophylle, myriophylle), elles restent vertes sous l’eau et continuent de produire un peu d’oxygène. Si elles envahissent la mare, éclaircissez-les à la main ou au râteau en laissant la moitié environ. Posez ce que vous retirez sur la berge pour la même raison que les feuilles : la petite faune accrochée aux tiges doit pouvoir repartir.
Laisser la faune hiverner : abris, vase et berges
La faune de la mare ne passe pas l’hiver au même endroit. Les grenouilles brunes et les tritons quittent l’eau et s’enfouissent sous un tas de bois, des pierres, des feuilles ou des racines. Certaines grenouilles vertes, elles, hivernent au fond de l’eau, dans la vase, en ralentissant leur métabolisme. Ces amphibiens comptent donc sur des berges non tondues et sur des abris pour la faune installés à proximité.
Dans l’eau, les larves de libellules vivent plusieurs mois, parfois plusieurs années, dans le sédiment. Elles partagent ce refuge avec des dytiques, des escargots et d’autres insectes aquatiques. Retirer toute la vase du fond revient à les jeter dehors en pleine saison froide.
Quelques gestes simples suffisent à renforcer ces abris :
- un tas de bois mort et de branches en lisière de l’eau
- quelques grosses pierres empilées avec des interstices
- des herbes hautes laissées sur au moins un côté de la berge
Le piège du curage d’automne
Si la vase est vraiment trop épaisse, ne curez jamais toute la mare d’un coup. Intervenez par tiers, sur plusieurs années, et gardez une zone intacte comme refuge. Le curage complet est à éviter, surtout juste avant l’hiver.
Nettoyer sans tout vider : algues, eau et équilibre
Les algues filamenteuses se retirent à la main ou avec un bâton sur lequel on les enroule. Laissez-les égoutter sur la berge, comme les autres débris. Aucun produit chimique : il déséquilibre la qualité de l’eau et tue précisément les micro-organismes dont la mare vit.
Ne vidangez pas la mare à l’automne. Une mare saine retrouve son équilibre toute seule si elle reçoit assez de lumière et peu de nutriments. En cas de baisse de niveau, complétez avec de l’eau de pluie plutôt que du robinet, trop riche en calcaire et en chlore. Évitez aussi les apports de terre ou d’engrais qui ruissellent depuis le jardin.
Poissons et pompe : nourriture, gel et prédateurs

Une mare naturelle se passe très bien de poissons, qui mangent larves et têtards. Si vous en avez, réduisez la nourriture dès que l’eau descend vers 10 °C et arrêtez-la autour de 8 °C : leur digestion ralentit et les aliments non consommés pourrissent. Pas de nourriture hivernale sauf cas précis.
Côté matériel, coupez la pompe du bassin si elle alimente une cascade ou un jet : elle refroidit toute la masse d’eau et dérange les animaux en repos. Une pompe de filtration peut être retirée et nettoyée avant l’hiver. Pour le gel, l’essentiel est de maintenir un trou dans la glace afin que les gaz s’échappent. Posez une balle ou un morceau de bois flottant avant les premiers froids. Si la glace s’est formée, versez de l’eau chaude dessus, mais ne la brisez jamais à coups de marteau : les chocs peuvent assommer les occupants.
Enfin, surveillez les prédateurs. Le héron, en hiver, apprécie les mares aux eaux claires. Quelques branches posées en travers de l’eau ou un filet léger rendent l’approche plus difficile, sans condamner les abris des amphibiens.
En pratique : un après-midi suffit
Tendez le filet, retirez feuilles et algues, coupez les tiges qui plongent dans l’eau, éclaircissez les plantes envahissantes, puis laissez le reste en paix. Votre mare aura peut-être l’air un peu sauvage cet hiver. C’est le signe qu’elle fait son travail : au printemps, grenouilles, tritons et libellules vous le rendront.
Ge, passionnée par la nature et le jardinage, profite de sa retraite pour cultiver son potager et prendre soin de ses fleurs. À 60 ans, elle partage avec enthousiasme ses conseils et découvertes pour un jardin épanoui toute l’année