Chaque automne, des sacs entiers de feuilles partent à la déchetterie alors qu’un simple cylindre de grillage suffit à les transformer en or brun. Quatre piquets, quelques mètres de maille, un coin d’ombre : le reste, c’est la nature qui le fait, sans retourner ni surveiller le tas.
Voici la méthode concrète, le délai réaliste et la façon d’utiliser le terreau de feuilles mortes une fois récupéré.
Comment monter un bac grillagé pour transformer les feuilles en terreau
Le principe tient en une phrase : on enferme les feuilles dans un enclos grillagé aéré, on les garde humides, puis on attend. Un cylindre de 1 mètre de diamètre sur 1 mètre de haut contient environ 0,8 m³ de feuilles. Ce volume s’affaisse de moitié à trois quarts en quelques mois, donc on peut le remplir plusieurs fois au fil de l’automne.
Il vous faut environ 3,5 mètres de grillage à mailles de 2 à 5 cm (grillage à poule ou grillage galvanisé soudé) et 3 ou 4 piquets en bois ou en métal. Plantez les piquets en cercle, enroulez le grillage, fixez-le avec du fil de fer ou des colliers. Pas de fond, pas de couvercle : les vers de terre et les champignons du sol montent directement dans le tas.
Choisissez un coin à mi-ombre, à l’abri du vent qui disperserait les feuilles. Le soleil direct dessèche le tas et bloque la décomposition. Une exposition nord ou un angle derrière une haie conviennent très bien.
Remplir le grillage : feuilles, humidité et aération
Ramassez les feuilles quand elles sont encore un peu humides, après une pluie, et versez-les par couches de 20 à 30 cm. Tassez légèrement du pied à chaque couche, sans écraser. Une feuille compacte comme une galette étouffe et moisit, alors qu’un tas trop lâche sèche et ne se transforme pas.
L’humidité fait toute la différence. Le tas doit rester frais comme une éponge essorée. Après une période sèche de plus de deux semaines en été, un bon arrosage s’impose, surtout la première année. En temps normal, la pluie à travers les mailles suffit.
Contrairement au compost, le terreau de feuilles ne demande presque pas d’azote. La décomposition est menée surtout par des champignons, pas par des bactéries qui chauffent. C’est un processus froid et lent. Broyer les feuilles à la tondeuse avant de les verser accélère nettement les choses, car les fragments se dégradent plus vite que les feuilles entières.
Quel délai avant de récupérer un terreau fin ?

Comptez 1 à 2 ans pour un terreau vraiment fin, selon les essences. Si vous remplissez le bac en novembre, vous pouvez déjà lever une première couche d’un terreau mi-décomposé (on distingue encore les nervures) à l’automne suivant, qui sert très bien en paillage. Le terreau finement émietté, brun foncé et à l’odeur de sous-bois, arrive plutôt à l’automne de l’année suivante.
Le délai dépend surtout de la nature des feuilles. Le tableau ci-dessous aide à trier ce que vous mettez dans le grillage.
| Type de feuilles | Essences | Délai approximatif |
|---|---|---|
| Rapides | Érable, tilleul, frêne, aulne, arbres fruitiers | 8 à 12 mois |
| Lentes | Chêne, hêtre, charme, châtaignier, platane | 18 à 24 mois |
| À éviter | Noyer, laurier, résineux, eucalyptus, feuilles malades (rouille, tavelure, marronnier atteint) | Ne pas mettre dans le bac |
Le chêne, le hêtre et le charme donnent le terreau le plus riche en champignons, mais il faut les mélanger avec des feuilles plus tendres pour gagner un an. Le noyer libère une substance qui freine la germination, et les feuilles malades risquent de recontaminer le potager (le ramassage des feuilles tachées au potager limite ce risque).
Le test de la poignée pour savoir si c’est prêt
Prenez une poignée au fond du bac, serrez-la dans la main : elle doit s’émietter, sentir la forêt après la pluie et ne plus montrer de feuilles entières. Si vous reconnaissez encore la forme des feuilles, refermez le grillage et attendez quelques mois de plus.
Tamiser et utiliser le terreau de feuilles mortes
Retirez le grillage en le soulevant d’un bloc : le terreau reste en place, tel un petit tas. Les couches du haut, encore grossières, retournent dans le bac pour une nouvelle tournée. Seul le fond, brun et friable, est à récupérer.
Le tamisage se fait au tamis de 10 à 15 mm, posé sur une brouette. Frottez la matière à la main : le terreau fin passe, les fragments de nervures restent dessus et vont dans le prochain bac ou au pied des arbustes. Mieux vaut tamiser par temps sec, quand le tas est ressuyé.
Où l’utiliser
Le terreau fin de feuilles est un allié polyvalent, mais léger en éléments nutritifs. Il agit surtout comme améliorant du sol, avec un apport en matière organique et en vie fongique, dont les mycorhizes qui aident les racines à puiser l’eau et les minéraux.
- Semis et repiquage : mélangez un tiers de terreau de feuilles, un tiers de terre de jardin et un tiers de sable.
- Au potager : épandez 2 à 3 cm en surface et griffez légèrement, ou utilisez le terreau grossier comme techniques de paillage du potager sur 3 à 5 cm.
- En pot : incorporez-en la moitié du volume pour rempoter hortensias, rhododendrons ou fougères, qui apprécient ce substrat acide et aéré.
- Sur la pelouse : un voile très fin, tamisé, nourrit le sol après une scarification.
Erreurs à éviter et feuilles à privilégier

La première erreur est de laisser le tas se dessécher : sans humidité, rien ne se décompose, et vous retrouvez deux ans plus tard des feuilles à peine entamées. La seconde est de tasser trop fort ou de ne laisser aucun passage d’air, ce qui donne une pâte noire et collante. Un grillage à large maille règle déjà la moitié du problème.
Ne mélangez pas les tontes de gazon fraîches en grande quantité : elles chauffent et transforment le terreau en compost, ce qui n’est pas le but. Quelques poignées restent acceptables si vous voulez amorcer le travail des micro-organismes.
Un dernier réflexe pour la faune : les hérissons adorent s’abriter dans les tas de feuilles. Avant de soulever le grillage ou de vider un bac en hiver, jetez un œil et fouillez doucement à la fourche. Vous pouvez aussi laisser un petit tas ouvert près du bac, juste pour eux.
Avec un cylindre de grillage, un peu de patience et un arrosage de loin en loin, votre jardin vous rendra en deux ans ce que l’automne lui a donné. Et vous n’aurez plus jamais besoin d’acheter de terreau pour vos semis.
Ge, passionnée par la nature et le jardinage, profite de sa retraite pour cultiver son potager et prendre soin de ses fleurs. À 60 ans, elle partage avec enthousiasme ses conseils et découvertes pour un jardin épanoui toute l’année