Vos fraisiers donnent moins de fruits, les fraises rétrécissent, les touffes s’épuisent. Avant de racheter des plants, regardez autour des pieds : les jeunes stolons étalés sur le sol sont votre renouvellement gratuit. Il suffit de bien choisir le moment, la bonne rosette et le bon emplacement.
Oui, repiquer les jeunes stolons relance des fraisiers fatigués : le principe
La réponse tient en une phrase : oui, à condition de repiquer des stolons déjà enracinés, en fin août ou en septembre, dans un sol où aucun fraisier n’a poussé depuis plusieurs années. Un fraisier produit bien pendant trois ans environ. Ensuite, la touffe se garnit de vieilles couronnes, les rendements chutent et les maladies s’installent.
Le stolon est une longue tige rampante qui part du pied mère et forme à son extrémité une petite rosette. Au contact de la terre, cette rosette émet des racines et devient un plant autonome, identique à la plante d’origine. Vous ne plantez donc pas un « morceau » de vieux fraisier : vous installez un jeune plant, vigoureux, sur une terre reposée.
Cette méthode règle deux problèmes à la fois. Elle remplace les pieds épuisés et elle évite la fatigue des sols, ce phénomène qui apparaît quand on replante des fraisiers au même endroit année après année : maladies du collet, champignons, nématodes, vigueur en berne.
Quand repiquer : fin août et septembre, avant l’hiver
La bonne fenêtre s’ouvre à la fin de l’été. Les stolons se sont formés après la récolte, entre juin et août, et les rosettes ont eu le temps de s’enraciner. Repiquer fin août ou en septembre laisse au jeune plant six à huit semaines pour s’installer avant les premiers froids. Il passera l’hiver avec un système racinaire en place et fructifiera dès le printemps suivant.
Passé la mi-octobre, la reprise devient plus aléatoire, surtout en terrain lourd ou dans les régions froides. Vous pouvez encore planter en godet, mais la première récolte sera plus modeste.
Le type de fraisier modifie un peu le calendrier :
| Type | Stolons | Repiquage | Première récolte |
|---|---|---|---|
| Non remontant | Nombreux dès l’été | Fin août à septembre | Mai-juin suivant |
| Remontant | Moins abondants, plus tardifs | Septembre, au plus tard début octobre | Dès le printemps, puis jusqu’aux gelées |
Les remontants fatiguent un peu plus vite, car ils fructifient presque en continu. Pensez à les renouveler tous les deux à trois ans plutôt que tous les trois à quatre.
Choisir et préparer les stolons à repiquer

Tous les stolons ne se valent pas. Partez des pieds mères les plus sains et les plus productifs, jamais de ceux qui montrent des feuilles tachées, enroulées ou rougies. Une maladie se transmet très bien d’un plant à l’autre.
Sur chaque stolon, gardez la première rosette, la plus proche du pied mère, et supprimez les suivantes. Elle est la plus vigoureuse. Vérifiez ensuite qu’elle a bien des racines : soulevez-la délicatement, vous devez voir de petites racines blanches de plusieurs centimètres. Une rosette sans racines reprendra mal, voire pas du tout.
Pour sécuriser l’enracinement, vous pouvez guider la rosette dans un godet rempli de terreau, enfoncé dans le sol sous le stolon. Maintenez-la avec un petit crochet de fil de fer. Après trois à quatre semaines, les racines remplissent le godet : sectionnez alors le lien avec le pied mère et le jeune plant est prêt à être déplacé, avec sa motte intacte.
Trois erreurs qui font échouer le repiquage
- Enterrer le collet : le cœur du plant pourrit, surtout si l’automne est humide.
- Repiquer un stolon sans racines, simplement posé sur le sol.
- Planter dans un sol trop riche ou dans l’ancien carré de fraisiers.
Repiquer dans le carré neuf : les gestes qui assurent la reprise
Le choix du carré compte autant que le plant. Visez un emplacement où aucun fraisier n’a poussé depuis au moins trois ou quatre ans : c’est la règle de la rotation des cultures. Ensoleillé, bien drainé, à l’abri des eaux stagnantes, il fera l’affaire. Vous pouvez aussi cultiver en pot ou en bac avec un substrat neuf : le principe de renouvellement est le même.
Préparez la terre quelques jours avant. Ameublissez sur une quinzaine de centimètres, retirez les racines d’herbes vivaces et incorporez une fine couche de compost bien mûr. Évitez le fumier frais et les engrais riches en azote : ils fabriquent beaucoup de feuillage, des plants tendres et sensibles aux maladies, au détriment des fleurs. Un sol modérément riche, légèrement acide à neutre, convient très bien.
Pour la plantation elle-même, procédez ainsi :
- Espacez les plants de 30 à 40 cm sur la ligne, et de 50 à 60 cm entre les rangs.
- Creusez un trou assez large pour étaler les racines sans les replier.
- Placez le plant de sorte que le collet, ce renflement d’où partent les feuilles, affleure exactement le niveau du sol.
- Tassez doucement la terre autour de la motte.
- Arrosez abondamment pour coller la terre aux racines.
Les semaines suivantes, l’arrosage doit rester régulier, sans détremper : la terre doit être fraîche, jamais boueuse. Un paillage de paille, de fibres de lin ou de tontes séchées conserve l’humidité, limite les mauvaises herbes et garde les futures fraises propres. Posez-le une fois les plants bien repris, en laissant le collet dégagé.
Si les feuilles flétrissent les premiers jours, ne vous alarmez pas. Un ombrage léger et un arrosage soutenu suffisent généralement à relancer la reprise.
Que faire des vieux pieds et des stolons en trop

Une fois les jeunes plants installés, le vieux carré doit être libéré. Arrachez les pieds de plus de trois ans, enlevez les racines et ne gardez rien d’un plant malade. Les feuilles saines vont au compost, les feuilles tachées ou pourries partent aux ordures ménagères pour ne pas contaminer le tas.
Laissez ensuite cette parcelle sans fraisiers pendant plusieurs années. Vous pouvez y semer un engrais vert ou y cultiver des légumes, des alliacées par exemple, qui assainissent le sol. Ce temps de repos fait partie du nettoyage d’été et prépare le prochain renouvellement.
Les stolons que vous n’utilisez pas méritent d’être coupés dès qu’ils apparaissent. Chaque stolon laissé en place pompe l’énergie du pied mère. Sur les pieds que vous conservez pour la saison suivante, un tri régulier favorise des fruits plus gros. Gardez deux ou trois stolons par pied mère pour votre propre renouvellement, supprimez le reste, et vous aurez toujours des plants de remplacement prêts à repartir.
En résumé, un carré neuf, des rosettes enracinées et un collet bien placé suffisent pour offrir une seconde jeunesse à vos fraisiers et retrouver de belles récoltes au printemps prochain.
Ge, passionnée par la nature et le jardinage, profite de sa retraite pour cultiver son potager et prendre soin de ses fleurs. À 60 ans, elle partage avec enthousiasme ses conseils et découvertes pour un jardin épanoui toute l’année