Des tiges de plus en plus fines, un centre qui se dégarnit, une récolte qui fond d’une année sur l’autre : votre rhubarbe vous envoie un message clair. Après cinq à dix ans au même endroit, la touffe s’étale, s’épuise et ne se renouvelle plus correctement.
La bonne nouvelle, c’est que ce coup de fatigue se règle avec une seule intervention. La division de la rhubarbe, faite à la fin de l’hiver ou en automne, pendant la dormance, redonne un coup de jeune à la plante et multiplie même vos pieds.
Touffe épuisée : reconnaître le signe et choisir le bon moment pour diviser
Une vieille touffe se repère à quelques indices très parlants. Les pétioles sont grêles, la production diminue, la couronne forme une masse dense et ligneuse au centre, tandis que les jeunes bourgeons se concentrent à la périphérie. Parfois, la touffe est simplement devenue trop large et concurrence elle-même ses racines.
Côté calendrier, deux fenêtres s’offrent à vous. La fin d’hiver, juste avant la reprise de la végétation, est la période la plus appréciée : les bourgeons gonflent à peine et le sol commence à se réchauffer. L’automne convient aussi, quand le feuillage a séché et que la plante est entrée en dormance.
Dans les deux cas, une règle domine : intervenir sur un sol meuble, ni gelé ni détrempé. Une division en plein gel abîme les racines et expose les éclats. Une division en pleine chaleur, feuillage déployé, épuise un pied qui n’a plus de réserves pour se rétablir.
Diviser la rhubarbe pas à pas : déterrer, séparer, garder les bons morceaux
Prévoyez une bêche bien tranchante, un sécateur propre et une brouette pour évacuer les déchets. Le geste est physique, mais il ne demande aucune technique compliquée.
- Dégagez le pourtour de la touffe à la bêche, puis soulevez la motte entière en conservant un maximum de racines.
- Posez-la au sol et secouez la terre pour voir la couronne et l’emplacement des bourgeons.
- Sectionnez la motte à la bêche en grosses parts, puis affinez au sécateur si les racines résistent.
- Gardez des éclats d’environ la taille d’un poing, avec 1 à 3 bourgeons bien formés et quelques racines charnues.
- Écartez le cœur ancien, sombre et creux.
Ce dernier point est celui qui fait la différence. Le centre de la vieille touffe est la partie la plus ligneuse et la moins productive : jetez-le ou envoyez-le au compost, sans état d’âme. Même si la touffe paraît énorme, vous n’avez pas besoin de tout replanter.
Gardez les plus jeunes, pas les plus gros
Les éclats prélevés en périphérie, avec des bourgeons rouges ou roses bien fermes, reprennent mieux que les morceaux massifs proches du centre. Deux ou trois bons éclats valent mieux qu’une dizaine de fragments fatigués.
Replanter les éclats dans un sol enrichi et bien espacé

La rhubarbe aime les sols profonds, riches et frais. Avant la replantation, ameublissez la terre sur une bêche de profondeur et incorporez une bonne dose de compost bien mûr ou de fumier décomposé. Mieux vaut éviter l’emplacement exact de l’ancienne touffe, où le sol est fatigué. Si vous n’avez pas le choix, renouvelez largement la terre.
Respectez un espacement d’environ 1 m entre chaque pied, car la plante devient imposante en quelques saisons. Installez chaque éclat de façon que les bourgeons affleurent juste sous la surface, à peine recouverts de 2 à 3 cm de terre. Enterrer la couronne trop profondément favorise la pourriture, surtout en sol lourd.
Tassez doucement autour des racines, puis arrosez copieusement pour chasser les poches d’air. Si vous divisez en automne, protégez les nouveaux pieds avec un paillage épais avant les premières gelées.
Soins après la division pour une reprise assurée et une récolte qui revient
Les semaines qui suivent décident de la reprise. L’arrosage doit rester régulier, sans noyer la plante : le sol doit rester frais, jamais saturé. Au printemps, de nouvelles feuilles sortent, souvent plus petites la première année, ce qui est normal.
Un paillage de paille, de tontes sèches ou de feuilles mortes conserve l’humidité, limite les herbes indésirables et protège la couronne du gel. En hiver, un fumier bien décomposé déposé autour du pied nourrit la plante en douceur, sans toucher les bourgeons.
Côté récolte, patience : ne coupez aucune tige la première année. Le feuillage doit travailler pour reconstituer les réserves de la couronne. L’an suivant, prélevez avec modération en tirant les tiges par torsion, puis laissez les plus petites en place. À partir de la troisième saison, la production retrouve sa pleine générosité, avec des tiges épaisses et charnues.
Erreurs à éviter : diviser au mauvais moment, tailler trop, laisser la vieille touffe

La première erreur est de repousser l’intervention en espérant que la plante se régénère seule. Une touffe vieillissante ne se rajeunit pas toute seule : elle s’épaissit au centre et s’affaiblit encore. Plus vous attendez, plus la division demande d’efforts.
La deuxième concerne le calendrier. Diviser en pleine végétation, par temps chaud, ou sur un sol gelé compromet la reprise. Respectez la dormance, quitte à décaler de quelques jours si la météo se gâte.
Troisième piège : couper les éclats trop petits ou sans bourgeons. Un morceau sans bourgeon ne démarrera pas, et un morceau sans racines peine à s’installer. Enfin, certains jardiniers remettent en terre le cœur ancien « par économie ». C’est un mauvais calcul : il produit peu et ralentit l’installation des jeunes pieds.
Remettez la division au programme tous les 5 à 8 ans environ, ou dès que les tiges maigrissent. Dans un potager bien entretenu, ce rendez-vous régulier suffit à garder une rhubarbe vigoureuse pendant des décennies.
Ge, passionnée par la nature et le jardinage, profite de sa retraite pour cultiver son potager et prendre soin de ses fleurs. À 60 ans, elle partage avec enthousiasme ses conseils et découvertes pour un jardin épanoui toute l’année